Rachid Maatar, le patron du centre

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Interviews · 17/10/2008 à 16:31
17/10/2008 • 16:31

C’est à un véritable enfant de l’AS Nancy-Lorraine que Jacques Rousselot et Pablo Correa ont confié les clés du centre de formation. Rachid Maatar est donc de retour en forêt de Haye et dévoile les grands axes de sa politique.

Quel est votre rôle à l’AS Nancy-Lorraine ?

Je suis le directeur du centre de formation, sous l’autorité de Pablo Correa qui dicte la politique du club. C’est lui le grand patron sportif du club. Il est ensuite impossible aujourd’hui de gérer seul un centre de formation. Je suis donc entouré de collaborateurs comme Patrick Gabriel qui pilote la cellule de recrutement, Ghislain Renault qui dirige l’école et Pascal Viardot qui s’occupe de tout le travail administratif et logistique.


Quelle est la ligne directrice de votre discours ?

L’entraîneur ne travaille pas avec son équipe, mais entraîne un groupe de travail. Cela veut dire que les meilleurs 16 ans vont s’entraîner toute la saison avec les 18 ans, et ainsi de suite. C’est nouveau et important. Cela veut dire que l’on met déjà le pied à l’étrier à certains joueurs qui ont un potentiel, qui ont de la qualité. Ce ne sont pas des groupes fixes et les jeunes ne doivent pas s’imaginer que la porte leur est toujours ouverte. Rien n’est jamais acquis et il pourra y avoir du mouvement dans les groupes au cours de la saison. On veut surtout qu’ils sachent ce qui se passe à l’étage supérieur, au niveau des charges de travail, des contacts et se mesurent à des joueurs plus âgés. C’est du temps de gagné pour les saisons suivantes. 

Cela signifie que les individualités sont privilégiées par rapport au collectif et donc au résultat ? 

Non. On fait travailler, progresser les garçons individuellement par rapport à leurs qualités, leurs défauts, leurs marges de progression et leurs limites, mais ce qui est sûr et certain, c'est que pour avancer dans la carrière professionelle, la devise est : « l' individu par le collectif. » En effet, un joueur ne pourra se montrer et être performant qu'après avoir tout donné pour le collectif et non pas en ne pensant qu'à sa performance individuelle. 

Rachid Maatar
On forme des compétiteurs, mais on ne joue pas la compétition. On doit être cohérent. La priorité, ce n’est pas de terminer à la première ou à la deuxième place. Il faut se maintenir, mais on ne vise pas le podium à tout prix. On travaille sur du long terme. Si on joue en priorité le résultat et la compétition, on gère des produits finis et on grille ainsi leur marge de progression !  Je pense aussi que l’on ne doit pas dissocier le sportif et l’extra sportif. On doit en effet pouvoir résoudre des problèmes de terrain en dehors. 

Tout est lié, celui qui écoute les consignes du professeur en cours sera également attentif lors des séances d’entraînement. A l’inverse, si le meilleur buteur des 18 ans n’adopte pas un comportement irréprochable dans sa vie quotidienne, il ne fera pas le maximum sur le terrain. Donc, il ne jouera pas le dimanche. Tant pis, si cela pénalise l’équipe à court terme. Notre but, c’est qu’ils soient prêts quand Pablo Correa fera appel à eux dans deux ou cinq ans.

 

D’un point de vue tactique, est-ce que vous vous inspirez de l’équipe professionnelle ? 

Oui, bien sur. Mais, en m ême temps, ils doivent pouvoir évoluer dans les différents systèmes et organisations de jeu afin de pouvoir s’adapter aux équipes adverses qui jouent différemment. Ceci est très formateur, car s’ils ont la chance d’arriver en pro, ils auront le bagage tactique nécessaire pour s’adapter. C’est primordial au très haut niveau. En revanche, au niveau des valeurs mentales, ils doivent s’inspirer de l’état d’esprit des joueurs de Pablo Correa et ne jamais oublier qu’ils jouent avec le chardon sur le cœur. 


Vous avez quitté un centre de formation vétuste et revenez juste avant l’inauguration d’un complexe flambant neuf. C’est un atout important pour travailler ? 

C ’est le jour et la nuit. Quand Pablo me l’a fait visiter à la fin du mois de mai, j’ai tout de suite lâché que c’était un hôtel cinq étoiles. Ce n’est toutefois pas une assurance de réussite. Ce ne sont pas les installations qui permettront aux jeunes de devenir pros, c’est leur travail. C’est comme cela que l’on a réussi, même avec un centre de formation vétuste, à former des joueurs comme Bracigliano, Hadji, Zerka, Brison, Chrétien ou plus récemment Malonga. 


Rachid MaatarQuelles sont les différentes phases d’apprentissage pour un jeune qui entre au centre de formation ?

Dans les équipes des 14 ans et des 16 ans, il faut travailler la technique à haute dose avec beaucoup de répétition. Cela continue en 18 ans avec davantage de travail au niveau technico-tactique. Le joueur doit alors commencer à réagir comme un homme. L’équipe réserve, qui évolue en CFA, est ensuite l’antichambre avant le professionnalisme. C’est l’étape la plus difficile à franchir. Il faut sans cesse faire comprendre aux joueurs que la porte ne va pas s’ouvrir pour tout le monde. Le plus important, et ce quelle que soit notre décision, est qu’ils terminent la saison sans aucun regret et avec le sentiment d’avoir fait le maximum. 


Quelle est la clé de la réussite ?

Le talent d’abord, même si cela ne suffit pas. Après, il faut beaucoup de travail, de rigueur, de souffrance,… On forme des guerriers, des hommes. Faire un effort pour un copain en difficulté sans se poser la question, ce n’est pas donné à tout le monde. On est là pour leur apprendre des choses qui ne sont pas écrites dans un livre et qui vont les aider à franchir des paliers. 
Un joueur qui se contente de son talent n’est pas certain de réussir. Son copain qui a certes moins de qualités, mais qui est rigoureux, combatif, sérieux, qui se lève le matin et se couche le soir en pensant football et surtout AS Nancy-Lorraine, a peut-être plus de chance. Dans la formation, nous ne sommes jamais certains de savoir qui va être pro et qui ne va pas l’être. Nous avons un groupe de joueurs et nous devons donc nous occuper de tout le monde de la même façon. Il n’y a pas de privilégiés.


C’est tout de même un parcours très difficile pour un jeune footballeur…

La difficulté et la souffrance peuvent aussi être parfois bénéfiques. Cela oblige à aller chercher certaines qualités au fond de soi, un potentiel que l’on ne soupçonne pas ou que l’on ne veut pas développer. Les claques, cela peut aussi faire du bien. Nous devons donc travailler sur la défaite, sur ces moments délicats que peuvent vivre ses jeunes éloignés de leur famille. On sort toujours plus fort des moments difficiles. Il faut juste que cela n’arrive pas trop souvent. De toute façon, le confort est la pire des choses dans l’apprentissage du professionnalisme. Il faut aussi apprendre à être régulier. C’est très difficile et je pense qu’ils ne s’en rendent pas compte.

Briefing de Rachid Maatar avant un entraînement
Ce message ne doit pas être toujours facile à faire passer à des ados ?

Il y a dix ans, il suffisait que j’élève une seule fois la voix pour que les jeunes comprennent. Aujourd’hui, certains ados répondent aux parents, n’en font qu’à leur tête et n’ont à recevoir de conseils de personne. C’est donc une génération plus difficile et il faut donc retrousser les manches plus souvent. Mais, ce n’est pas un souci.  Nous allons également être intransigeants sur leurs résultats scolaires, mais aussi leur comportement en classe et leur envie de progresser et d’apprendre. Celui qui a des difficultés dans un cours, mais qui fait le maximum pour atteindre l’objectif fixé par le prof, il fera ensuite le même effort sur le terrain. Et vice-versa. 

 

C’est donc aussi un rôle d’éducateur…

Nous sommes tous des éducateurs. Nous formons aussi des hommes et devons leur enseigner le respect, l’honnêteté, la politesse, la générosité, la disponibilité, mais aussi apprendre à vivre ensemble et à être solidaires. Nous avons ensemble un projet individuel et collectif et notre rôle est de les accompagner et de les soutenir. J’ai donc demandé à l’équipe technique du centre de formation d’être des guides et des référents. 

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