Comment t’est venue la passion du football ?

Tout le monde apprécie ce sport dans ma famille. Avec mon père, je me rendais souvent voir les matchs de gala à Limoges. J’avais un faible pour les Girondins de Bordeaux, sans être pour autant supporter de ce club. Et il y avait surtout un joueur que j’admirais par-dessus tout, c’était Jean-Pierre Papin. Je me suis beaucoup identifié à lui lorsque j’étais petit.
D’autant plus que tu évoluais avant-centre à l’époque…

J’ai toujours été plus grand que mes camarades et me suis vite retrouvé en attaque pour profiter de cet avantage physique. Je marquais beaucoup de buts pour mon équipe d’Oradour-sur-Glane. Ce n’est que plus tard que l’on m’a fait reculer en défense centrale.
À partir de quand as-tu pour la première fois envisagé de devenir professionnel ?

À vrai dire, ce n’est que lorsque j’ai intégré les sélections régionales que j’en ai pris conscience. Avant, je ne réalisais pas vraiment que j’étais assez doué pour faire de ce sport mon métier. Le stade Rennais m’a convoqué pour un essai et tout s’est enchaîné. J’ai visité leur centre de formation et je m’y suis senti bien dès le départ.

Quels souvenirs gardes-tu de tes années de formation ?

C’était formidable, car j’avais trouvé à Rennes un club familial, qui correspondait parfaitement à ce que je recherchais. L’ambiance était très amicale et je m’y suis fait beaucoup d’amis, dont certains avec qui j’ai gardé contact. Côté terrain, on avait un excellent groupe, de bons résultats, et on progressait rapidement.
En 2002/2003, tu joues trois matchs pour le Stade Rennais. Pour toi, était-ce le début d’une grande aventure ?

Sincèrement, je sentais que je n’arriverais pas à m’imposer à Rennes si je restais là-bas. C’était l’année où Vahid Halilhodzic avait repris l’équipe première. Il fallait absolument que je m’aguerrisse pour réussir à percer en Ligue 1. Je voyais que le staff n’avait pas suffisamment confiance en moi. Ce sont des choses que l’on ressent assez facilement. Je devais donc tenter ma chance ailleurs.
C’était aussi l’avis du stade Rennais qui t’a prêté à l’ASNL durant l’été 2003…

À l’époque, j’étais jeune et je n’avais pas suffisamment d’expérience, mais je ne pense pas que ce soit pour cette raison que l’on ne m’ait pas conservé. À Rennes, on m’a souvent répété que j’étais trop gentil sur le terrain, pas assez rude ni agressif. Je devais absolument m’endurcir, devenir plus costaud et plus solide. Pour moi, le problème était que le staff rennais ne me voyait pas évoluer. Je pense qu’ils voyaient toujours en moi le gamin qui était arrivé chez eux à l’âge de 14 ans. Le moins que l’on puisse dire est que j’étais là-bas comme dans un cocon.
 Ce n’était pas un peu frustrant d’être prêté à l’étage inférieur ?

C’était un souhait personnel. J’avais un objectif en venant ici : montrer que je pouvais y arriver. La Ligue 2 me convenait assez bien. Je n’étais pas prêt pour évoluer au plus haut niveau et j’avais besoin de cette expérience pour devenir plus performant.
Viennent ensuite deux années de Ligue 2 où tu joues la majorité des matchs et aides le club à remonter en Ligue 1. En quoi ces deux années t’ont-elles permis de progresser ?

Je me suis endurci en me confrontant à mes coéquipiers à l’entraînement, mais aussi à de bons attaquants de L2. Ils m’ont forcé à devenir plus combatif, plus rude. Pour un défenseur, être trop gentil, c’est un défaut qu’il faut impérativement combler. J’ai réussi à corriger ce défaut. L’agressivité est même aujourd’hui l’une de mes qualités principales sur un terrain. J’ai aussi le sentiment d’avoir bien progressé techniquement.
En 2005, tu signes définitivement à l’ASNL…

Cela a été un vrai soulagement, car je me posais toujours des questions sur mon avenir. Est-ce que les dirigeants voulaient me conserver alors que je venais d’être blessé quatre mois ? Est-ce que je rentrais dans les futurs plans de l’équipe ? Malgré cette période de doute, j’ai senti qu’au club, tout le monde me soutenait. Puis finalement, les dirigeants m’ont proposé de rester définitivement, ce que j’ai accepté sans la moindre hésitation.
Aujourd’hui, tu es un joueur-clé de l’ASNL. Tu t’es parfaitement fondu dans le collectif. L’esprit qui règne dans ce club correspond-il à ta propre mentalité ?

J’ai toujours été bien à Nancy. Dès mon arrivée, je m’y suis senti très à l’aise. La mentalité du club est très proche de la mienne et de ce que je recherche. Ici, c’est chaleureux. L’ambiance est formidable. L’accueil est familial. Il n’y a pas de clan, il n’y a pas de star. Tout le monde travaille ensemble, et on tire tous dans le même sens.
Élu meilleur joueur de l’année 2006/2007 par les supporter et en passe de réussir le doublé cette saison, tu es aussi régulièrement félicité dans la presse et ton nom est parfois même suggéré pour l’équipe de France. Comment le vis-tu ?

Cela me touche beaucoup. Le plus important est l’appui des supporters. Succéder à Gennaro Bracigliano (NDLR : le gardien a été élu meilleur joueur de la saison 2005/2006) est extrêmement flatteur. C’est vraiment touchant de se sentir apprécié de ses supporters, de voir qu’ils ont apprécié mes performances. En plus, c’est très rare de voir un défenseur remporter ce genre de suffrages. Je les remercie, car c’est aussi grâce à eux que je réalise de bonnes performances. En ce qui concerne les médias, il est certain que c’est assez valorisant. Avoir la reconnaissance du milieu est important.
Et l’équipe de France ?

À partir du moment où tu deviens professionnel, je crois qu’il t’arrive au moins une fois de penser à la sélection nationale. C’est un espoir qui te donne toujours envie de continuer à jouer. Maintenant, je ne suis pas fou. Thuram, Gallas, Méxès, Abidal, c’est quand même quelque chose… Ce sont des joueurs qui évoluent dans les meilleurs clubs du monde. Il y en a encore beaucoup d’autres avant moi. La concurrence est très forte. Je crois qu’il faut être assez réaliste même si on ne ferme jamais la porte.

Peut-être que si Nancy réalise un très bon championnat de France…

Nous avons le potentiel pour bien figurer parmi les cinq premiers. Nous grandissons ensemble depuis plusieurs saisons et avons toujours gardé des bases solides. Nous sommes une équipe très difficile à manœuvrer et qui encaisse peu de buts. Cette saison, nous paniquons moins et prenons plus de risques offensifs, car nous avons acquis de l’expérience et gagné en confiance.
Cette confiance rejaillit également sur tes performances individuelles…

Je suis en effet plus serein. Lors de mes débuts en Ligue 2, j’avais tendance à relancer par de longs ballons imprécis. Aujourd’hui, je suis plus calme, car j’ai aussi progressé techniquement. Franchir des paliers était de toute façon mon objectif en signant à Nancy. Je suis juste un peu surpris d’être devenu un buteur... |