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Présentation
 
  24 décembre 2007

La mémoire a pour objet de faire lumière sur l’Histoire. Aussi, auprès de la jeune génération de supporters estampillée Internet, et dont l’adolescence n’a pas franchi le temps, qu’il me soit permis d’évoquer un peu de la saveur des jours d’antan. Hier, jouait ici, Michel Platini. Et c’était quelqu’un.

   
 

Le Stade Marcel-Picot conserve sous ses élégantes tribunes XXIe siècle, l’écho enflammé des années 1970 où le maître lorrain, originaire de Joeuf, où il est né le 21 juin 1955,  l’enchantait de sa science du jeu. Vous l’avez vu, vous les plus anciens parmi les amis de l’AS Nancy-Lorraine, diriger l’équipe d’Antoine Redin, avec les Moutier, Jeannol, Neubert, Chebel, Perdrieau, Curbelo, Rouyer, Rubio, Caron, décider de l’orientation et de l’orchestration d’une attaque, grâce à ses services au millimètre, distiller ses coups francs. Vous l’avez vu décréter l’issue d’un match.

« A tout moment, rappelle Carlos Curbelo, Michel pouvait faire basculer le résultat. Et nous le savions tous. » « Pour moi, ajoute Olivier Rouyer, il restera le plus fort. A jamais. » Il était à peine sorti de l’enfance lorsqu’il quitta le berceau familial pour poser ses bagages au centre d’entraînement de la Forêt de Haye où l’attendait Hervé Collot qui avait obtenu de son ami Aldo que Michel, après avoir envisagé d’autres destinations, optât pour l’ASNL. D’emblée, l’aspirant montra autant, voire davantage, d’aisance sur le terrain que les professionnels accomplis qu’étaient les Yves Herbet, Raul Castronovo ou Roger Lemerre. « J’ai tout de suite su, évoque Aldo Platini, que mon fils n’aurait rien à envier aux pros. »

Sa carrière durant, Michel Platini fut à la fois penseur et finisseur, imaginatif et décisif. Il était leader. Son premier but inscrit en Division 1 au Lyonnais Yves Chauveau, futur gardien de l’équipe de France et coiffeur de formation, manifesta, dès ce soir de mai 1973, que Platini ne couperait pas les cheveux en quatre. Il serait à la fois technicien et chasseur de buts. En quinze années de présence sur le circuit, Michel a réuni un formidable magot : 127 buts sous le maillot de l’ASNL, 82 avec Saint-Etienne et 103 au profit de la Juventus Turin, où il acheva son parcours agrémenté de 72 sélections en équipe de France pour laquelle il réalisa 41 buts.

Un jubilé gigantesque

Michel Platini laisse une trace indélébile dans le football planétaire dont Marcel-Picot fut d’ailleurs l’écrin historique, le 23 mai 1988, jour du gigantesque Jubilé de l’enfant de Lorraine. « C’est à Nancy et nulle part ailleurs que je l’organiserai », avait promis l’ancien capitaine de l’ASNL. Et, pour toujours, la pelouse que foule aujourd’hui l’équipe de Pablo Correa restera la terre légendaire sur laquelle sont apparus le roi Pele, Diego Maradona et les champions d’Europe des Nations 1984, tous compagnons d’armes de Michel Platini.

Le 13 mai 1978 fut un soir d’immense émotion pour l’AS Nancy-Lorraine. Recroquevillé sur sa modestie jalouse, le club jaillit de l’ombre et les feux du Parc des Princes l’embrasèrent d’une belle gerbe de lumières. En remportant la Coupe de France aux dépens de Nice (1-0), Nancy eut la révélation quasi biblique que les petits ont droit à la même félicité que les grands. C’est à Michel Platini, auteur d’un coup de pied en toupie dans la surface de réparation de Dominique Baratelli que l’ASNL doit ce trophée magique pour lequel elle dut ensuite patienter durant vingt-huit années avant de goûter la même liesse nationale, avec le triomphe de l’équipe du président Jacques Rousselot en finale de la Coupe de la Ligue le 22 avril 2006 au Stade de France.

L'illustre référence

Le N°10, futur capitaine de la sélection nationale puis sélectionneur des Bleus et futur co-président du comité d’organisation de la Coupe du Monde 1998, est le N°1 de l’histoire de l’ASNL. Au même titre que la Place Stanislas, il est inscrit au patrimoine de Nancy. L’Europe qu’il a conquise le 26 janvier 2007 à Düsseldorf en décrochant la présidence de l’UEFA, rejoignant ainsi un autre grand dirigeant lorrain Jacques Georges, apporte un symbole supplémentaire à la ville d’André Rossinot dont les regards se portent naturellement vers les frontières proches.

Michel Platini nous échappe un peu désormais, vu l’immensité de son destin. Pourtant, l’ASNL 2007-2008 qui lui rend le plus bel hommage par la qualité de son comportement dans le football français, le retient dans son souvenir avec respect et affection. Qu’il se trouve à Genève ou ailleurs, Michel garde ses racines à Nancy où il a personnellement écrit quelques-unes des premières pages humaines et sensibles du club au chardon. Le champion devenu président, trois fois Ballon d’Or européen (1983-84-85) a laissé trace dans la mémoire du club, et c’est celle de l’élève doué. A l’ASNL, il est l’illustre référence.

Christian Portelance,
Journaliste, auteur de AS Nancy-Lorraine, des épopées et des hommes (éditions Alan Sutton)

« Mon père a été mon meilleur entraîneur »
Le nom de Platini est inscrit au fronton du football. Les deux ne font qu’un. A 80 ans, Aldo Platini a le cœur gonflé de l’amour du jeu et de reconnaissance envers ce sport.
« Le football m’a donné Michel », a t-il coutume de dire avec émerveillement. Joueur amateur élégant ayant fait les beaux jours du club de Joeuf et de la sélection de Lorraine où il a notamment côtoyé Hervé Collot, Aldo Platini a mis ses premiers ballons au bout des chaussures de son fils. Avec plus de passion encore que les mathématiques, cet éducateur des écoles De Wendel lui a enseigné le foot. « Il a été mon meilleur entraîneur », complimente le grandissime joueur qu’est devenu Michel Platini. L’hommage est touchant.

« A mon fils, raconte Aldo, j’ai souvent répété qu’il ne devait pas jouer au milieu du terrain, mais au milieu de l’équipe. » Ainsi, en était-il le chef, l’inspirateur tactique. La famille jovicienne a suivi Michel lorsque, au début des années 70, celui-ci a signé à l’ASNL. Claude Cuny a embauché Anna pour accompagner et héberger quelques-uns des pensionnaires du Conservatoire de football et Aldo pour leur enseigner le football. Celui-ci avait le respect de l’adversaire et du beau jeu, il a transmis ces valeurs à des générations de joueurs, d’abord comme responsable de l’effectif de Division 3, ensuite en tant que directeur sportif au côté d’Antoine Redin. « Nous devions faire beaucoup avec peu de moyens », se souvient Aldo Platini. Aujourd’hui, Aldo a sa place dans la tribune présidentielle de Marcel-Picot. Auprès de Roger Piantoni et Hervé Collot, il ne rate pas un match de l’AS Nancy-Lorraine.

   
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