retour accueil
 
Présentation
 
  8 janvier 2004
Les premiers souvenirs de ballon rond de Pape Diakhaté se situent sur la place du village de Ouakam au Sénégal. Le défenseur nancéien se souvient de ses années africaines puis évoque son intégration à la culture européenne.
   
 

C'est sur la place sablonneuse de Ouakam, village de pêcheurs situé à un quart d'heure de route de Dakar, que Pape Diakhaté a tapé ses premiers ballons. "Nous devions aller couper du bois pour fabriquer des buts ou utiliser de grosses pierres, raconte Pape. Nous avions des ballons en caoutchouc mais pas de chaussures qui étaient un privilège de riche. Heureusement, les rues de notre village étaient recouvertes du sable fin de la mer toute proche". Pape n'a pas oublié cette époque où il rêvait d'enfiler de vraies chaussures en cuir et envoie aujourd'hui régulièrement des paires de moulées pour les enfants de son village.

Petit dernier d'une grande famille de quatorze enfants, Pape Diakhaté était le protégé de ses sept frères et six sœurs et avait même la chance d'avoir une chambre à lui tout seul.
"Nous étions privilégiés par rapport à d'autres familles car nous avions une grande maison et beaucoup de place" ajoute-t-il. Son père est alors gendarme tandis que sa mère assure les taches ménagères du foyer. Pape a vécu une enfance heureuse partagée entre l'école, le football de rue et l'US Ouakam où évoluaient trois de ses grands frères : Malick, Omar et Moussa. "J'étais leur premier supporter, se souvient-il. Ils ont tout de même disputé la Ligue des Champions africaine ".

Pape rêve alors déjà du championnat de France qu'il suit grâce à Canal Horizon sur le téléviseur familial. Vers cinq ou six ans, il rejoint l'école de football du village et rencontre l'un de ses mentors. Aliou Camara lui apprend à canaliser son énergie et son impulsivité mais l'encourage également dans son parcours scolaire. Pape Diakhaté arrêtera toutefois l'école après avoir appris à lire, écrire et se débrouiller en anglais.

"Rambo, c'est marrant"

En Afrique, tout est différent et la vie d'un club de football aussi.
"Il arrivait que, pendant notre entraînement, des joueurs plus âgés viennent jouer sur le terrain et nous obligent à quitter les lieux". Les compétitions étaient organisées en dépit du bon sens avec parfois deux rencontres programmées la même journée : une le matin et une autre l'après-midi disputée presque toujours sur des terrains en terre. Au Sénégal, jouer au football sur une pelouse en herbe est un évènement pour ses gamins de Ouakam. "J'avais sept ou huit ans la première fois. C'était lors d'un match dans une base de l'armée française et j'avais arraché un peu d'herbe pour la montrer chez moi. Nous n'avions pas de chaussures appropriées ce qui ne nous a pas empêchés de gagner malgré quelques glissades ".

Devant Canal Horizon, Pape Diakhaté regarde les matchs du championnat de France et parfois même l'ASNL.
"Je connaissais surtout Olivier Rambo en raison de son nom qui me faisait marrer" rigole-t-il. Pape ne sait pas encore qu'il évoluera quelques années plus tard aux côtés de l'attaquant martiniquais. Son destin s'accélère lors d'une visite d'Eric Martin alors chargé de recruter un défenseur central pour les 18 ans de l'ASNL. Des informateurs lui conseillent d'aller superviser ce solide défenseur de l'US Ouakam. Il est rapidement convaincu et propose à Pape Diakhaté de rejoindre la Lorraine. "J'étais très heureux et je suis allé annoncer la bonne nouvelle à ma mère. Mon père ne l'a jamais su car il est décédé avant " regrette-t-il.

"S'intégrer est un devoir"

Quitter l'Afrique et sa famille pour rejoindre un centre de formation au milieu d'une forêt lorraine est une expérience certes enrichissante mais pas toujours facile à gérer pour un adolescent.
"Outre le handicap climatique avec le froid et la neige, l'une des premières difficultés est le changement de culture, explique Pape. En Afrique par exemple, ne pas regarder son interlocuteur dans les yeux est un signe de respect. C'est l'inverse en France et nous avons dû en discuter et nous adapter ".

Vouloir s'intégrer est pour lui un devoir et l'un des facteurs essentiels pour réussir. Son intégration a été facilitée par la présence au centre de formation de plusieurs joueurs africains : Seydou Camara, Samba Sow puis Souleymane Sagna. Toujours à l'écoute, Pape est en quelque sorte leur grand frère et les réconforte lorsque leur moral est au plus bas. Il leur rappelle également qu'il faut travailler dur et ne jamais s'écarter du droit chemin.

"Quand je suis arrivé à Nancy, j'ai pris conscience que toutes les conditions étaient réunies pour que je réussisse, explique-t-il. J'avais laissé toute ma famille derrière moi et je ne pouvais pas échouer". Après avoir disputé quelques matchs avec Francis Smerecki, il débute la saison 2002/2003 comme titulaire et dispute finalement vingt-cinq matchs de Ligue 2.

Durant l'été 2003, Pape Diakhaté quitte le centre de formation et emménage dans un appartement du centre-ville de Nancy.
"J'aurais aimé rester au centre de formation avec mes copains mais cela devenait difficile. Je dois en effet être un exemple pour eux or je ne pouvais plus m'astreindre à respecter les règles du centre par exemple se coucher tous les soirs à 22h30. Avoir mon chez-moi me permet de mieux gérer ma récupération ". Il avoue cependant que cette nouvelle vie a aussi ses inconvénients comme de rentrer fatigué de l'entraînement et de devoir passer derrière les fourneaux pour préparer son repas. Il y aussi la vaisselle et le ménage. Mais Pape s'en moque un peu puisque cet appartement va surtout lui permettre d'accueillir sa famille. "Ma porte est grande ouverte à tous mes frères et sœurs".

   
  retour haut de page
  Club