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Quel est ton premier souvenir lié au football ?

Je devais avoir quatre ou cinq ans quand mon père m’a emmené pour la première fois sur un terrain de foot pour m’y inscrire. C’était à Montjoly, près de Cayenne. Je suis aussitôt devenu un vrai mordu et il devait ensuite me freiner. Un jour d’orage, il a essayé de me dissuader de me rendre à l’entraînement, car il tombait des cordes. Je ne l’ai pas écouté et me suis finalement retrouvé tout seul sur le terrain. Je suivais aussi le championnat de France de près. J’achetais Onze-Mondial et supportais l’OM.
Montjoly possède les plus belles plages de sable de Guyane. C’était le terrain de jeu idéal pour un jeune footballeur…

Celui qui n’a pas joué au foot sur la plage n’est pas un vrai Guyanais. Les meilleures équipes guyanaises s’entraînent parfois sur le sable. C’est notre culture. Cela m’a été bénéfique au niveau physique, car c’est très dur de jouer sur le sable. De toute façon, on trouvait toujours un endroit pour taper dans le ballon. On jouait aussi souvent sur un terrain vague de mon quartier. Il y avait un petit peu d’herbe et on utilisait des pierres pour délimiter les buts.
Dans l’esprit, le football guyanais se rapproche plus de l’Amérique du Sud, de l’Afrique ou de l’Europe ?

Notre jeu est plutôt influencé par le football sud-américain, car, en Guyane, il y a beaucoup de Brésiliens, mais aussi des Argentins, des Colombiens,… Cela signifie beaucoup de technique, un peu de physique et aucune tactique. On joue plus à l’instinct. Parfois, c’est aussi bien.

À partir de quand as-tu commencé à envisager de devenir footballeur pro ?

J ’y ai toujours pensé. À un moment, il a fallu choisir entre le foot et le basket, car les entraînements se déroulaient en même temps. J’ai choisi et je voulais alors aller jusqu’au bout. Je n’ai jamais douté. Même quand certains m’ont dit que je n’avais pas les qualités pour réussir. Je suis têtu. Quand j’ai une idée en tête, je ne lâche rien.
Quel a été ton parcours après Montjoly ?

Comme mon club n ’était pas forcément bien structuré, j’ai choisi de signer au club colonial à l’âge de 16 ans. C’est l’un des plus grands clubs de Cayenne ce qui signifiait déjà une petite progression pour moi. J’ai ensuite effectué un essai à Rennes, mais ils ne m’ont pas gardé. Je savais que je devais rester en France pour avoir une chance de réussir. Le président de la Ligue de Guyane, Monsieur Gaillou, m’a alors donné un gros coup de pouce en m’aidant à intégrer le sport-étude d’Angoulême.
C’est encore plus compliqué pour un Guyanais de devenir professionnel ?

Du fait de l’éloignement de la métropole, c’est forcément plus difficile de se faire repérer par un recruteur. En plus, la Guyane a été vraiment délaissée pendant un moment. Il y avait vraiment beaucoup de très bons joueurs à mon époque, mais personne ne venait nous voir. C’est un peu en train de changer. L’ASNL a par exemple mis en place un partenariat avec le club de Roura. J’espère que cela va faire avancer les choses.
 Quels souvenirs gardes-tu de tes premiers mois en métropole ?

C’était très dur de laisser sa famille, ses amis et le soleil. J’avais dix-sept ans et suis arrivé en Charente en octobre. Il neigeait. Le football était aussi différent en métropole. C’était plus strict, plus encadré alors qu’en Guyane, c’est d’abord du plaisir. Cela a été un peu compliqué au début, mais je me suis adapté.
Et l’école ?

Mon père m’a toujours fait comprendre que c’était important. À partir du moment où cela ne m’empêchait pas de jouer au foot, cela ne me dérangeait pas d’étudier. J’étais un élève plutôt studieux avec de bonnes notes. J’ai obtenu un baccalauréat littéraire puis j’ai poursuivi avec deux années en STAPS. J’ai finalement été obligé d’abandonner quand j’ai signé pro.
Tu es finalement devenu professionnel sans passer par un centre de formation…

Cela a peut-être été un handicap dans certains domaines, mais c’est aussi une force supplémentaire. Je n’ai pas été formaté comme la plupart des joueurs.
Ce premier contrat professionnel, après seulement une bonne saison en Nationale, n’est-il pas finalement arrivé un peu trop vite ?

Je ne crois pas. J’ai quand même participé à seize matchs de L1. Beaucoup de joueurs n’ont jamais eu cette chance. C’est Vahid Halilodzic qui m’a recruté, mais il a été remplacé par Claude Puel. Je n’avais peut-être pas le bon profil pour entrer dans ses plans de jeu. Je n’ai peut-être pas su aussi saisir ma chance quand on me l’a donné.
Il y a ensuite deux années en Ligue 2, à Rouen et Brest, et une dizaine de buts inscrits par saison…

J’ai d’abord bénéficié d’un temps de jeu plus important. On m’a aussi laissé plus de temps pour parfaire ma panoplie d’attaquant : le jeu devant le but, les prises de balles,… Malgré la descente en National avec Rouen, je garde d’excellents souvenirs de ces deux saisons en L2.
Après ses deux bonnes saisons en L2, tu as signé à Utrecht aux Pays-Bas. Ce choix de carrière peut surprendre ?

Beaucoup n’ont pas compris. J’avais envie de vivre une aventure à l’étranger. Je savais que le championnat des Pays-Bas était difficile, physique et cela m’a permis de franchir un pallier. J’en garde d’excellents souvenirs. Je commençais vraiment à me sentir chez moi à Utrecht et j’ai eu un pincement au cœur au moment de partir.

Tu voulais rentrer en France ?

Pas forcément, car j’étais aussi en contact avec des clubs étrangers. Revenir en France, c’était un peu un bonus. En fait, c’est le discours de Pablo Correa qui a fait la différence. Il m’a téléphoné et m’a expliqué qu’il me suivait depuis un moment. J’ai senti qu’il me voulait vraiment.
Nancy est un club qui correspond bien à ton tempérament ?

Pour le moment, tout se passe bien ici. On produit du beau jeu, on rend les matchs attractifs et je marque des buts. Il faut maintenant assurer le maintien du club le plus rapidement possible pour ensuite viser plus haut. J’ai envie que le club continue à grandir, car je suis venu pour l’aider à long terme. Il y a tout le potentiel pour réussir ici : de bonnes installations, un stade presque plein à chaque match et un effectif de qualité. Mais, je sais aussi qu’il y a forcément des creux dans une saison. En tout cas, je n’y pense pas et vis désormais au jour le jour sans me poser de questions.
C’est une nouvelle philosophie de vie ?

J’ai en effet changé après le décès de David Di Tommaso. J’étais bouleversé. Je n’aurais jamais signé à Utrecht s’il n’avait pas été là-bas. On était voisins. Sa disparition m’a fait prendre conscience de beaucoup de choses. Aujourd’hui, j’aborde la vie différemment et profite d’abord de l’instant présent.

On attend de toi que tu marques des buts, c’est une pression parfois difficile à supporter ?

En fait, je ne suis pas vraiment un renard des surfaces. J’ai plutôt le profil d’un attaquant qui participe au jeu, qui bouge beaucoup et pèse sur les défenses adverses. Je peux donc aussi faire marquer et y prends d’ailleurs autant de plaisir. Je ne suis pas obsédé par le but. Un titre de meilleur buteur me ferait évidemment plaisir, mais ce n’est pas mon objectif. Je veux d’abord enchaîner les bonnes prestations, être constant et faire avancer l’équipe.
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