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Être le joueur le plus fidèle de toute l’histoire du club. Cela signifie quelque chose pour vous ?

Oui et non, car tous les joueurs n’ont pas la possibilité de rester dans leur club après leur carrière de footballeur. C’est aussi un choix et le résultat d’opportunités. Je me sentais bien ici et j’ai eu la chance d’intégrer le staff puis que l’équipe marche, car on aurait très bien pu se faire virer au bout de deux ans. Cela a été un enchaînement logique.
Vous n’avez jamais eu l’occasion d’aller voir ailleurs si l’herbe était plus verte ?

Alain Perrin voulait m’engager à Troyes en 1999. J’ai pesé le pour et le contre. Mais, ma priorité n’était pas l’argent. C’était ma famille. Je me sentais déjà très bien à Nancy et j’avoue que je serais embêté le jour où il faudra quitter cette ville. J’avais aussi beaucoup d’exemples de joueurs qui étaient partis et le regrettaient fortement. Finalement, à Nancy, ce n’était pas plus mal qu’ailleurs, voire même mieux.
Est-ce aussi parfois un inconvénient de faire presque partie des meubles ?

Ce n’est pas la meilleure option pour gagner de l’argent quand on est joueur. Par contre, c’est un avantage sur le plan humain, car on connaît mieux les gens. Je suis aussi resté à l’ASNL parce que le président Jacques Rousselot aime bien ce profil, cet attachement à des valeurs. Cela a presque disparu dans le football et c’est bien de garder cette mentalité à Nancy. Mais, quand on reste dans le même club, il faut aussi avoir la force de se remettre en cause chaque saison. C’est plus dur que pour un joueur qui vient d’arriver et doit se montrer. Ma fidélité peut aussi passer pour un manque d’ambition : une petite vie pépère avec ses repères. C’est peut-être vrai, car j’ai besoin de ses repères pour me sentir bien.
 Vous avez vécu trois montées en D1. Laquelle vous laisse le meilleur souvenir ?

Celle de 1995/1996 car on est monté après une victoire à Angers lors de la dernière journée. Il y avait beaucoup de tension, car on jouait toute notre saison sur ce match. On n’avait jamais été très loin du podium tout au long du championnat, mais on avait surtout accéléré dans le sprint final. On était en lutte avec Laval. Cette victoire a été une immense délivrance, une joie immense, un truc de fou. À notre retour à Nancy, il y avait plein de monde à l’aéroport et nous sommes allés directement place Stanislas. Certes, il n’y avait pas le même engouement qu’après notre victoire en coupe de la Ligue, mais on avait quand même fait bouger un peu la ville.
Vous avez aussi vécu trois relégations…

Elles sont toutes pires les unes que les autres. Dans ma période de joueur, nous avons toujours été dans la lutte en première division. On n’a jamais vécu une saison tranquille. Les matchs restent donc de bons souvenirs, mais pas forcément les saisons, car nous étions toujours en difficulté.
Est-ce que vous essayez aujourd’hui d’inculquer cette valeur de fidélité à vos joueurs ?

C’est la fondation de ce que l’on veut mettre en place. Mais, c’est difficile de demander à des joueurs qui viennent des quatre coins de la France d’être amoureux de Nancy dès le premier jour. Il faut du temps. Des garçons comme Gavanon, Puygrenier ou Berenguer sont là depuis le début de l’aventure et ils aiment désormais vraiment la ville et le club. C’est une satisfaction pour nous. En même temps, nous savons aussi que nous ne pourrons pas les garder s’ils reçoivent une proposition d’un club plus ambitieux qui leur offre un bien meilleur salaire. C’est tout à fait normal. Par contre, cela nous dérangerait qu’ils partent dans un club sportivement moins bien.
Est-ce qu’il existe une identité ASNL ?

J’aimerai que l’on dise de Nancy que c’est un club où l’on aime bien vivre. C’est d’ailleurs ce que l’on entend dire un peu partout, que le vestiaire est sain et que l’ambiance est bonne. Cela me fait plaisir d’entendre cela.
As-tu aussi connu des groupes aussi complices quand tu étais joueur ?

C’est arrivé, mais cela ne durait pas. C’était bien une saison et invivable la suivante car il y a avait de nouveaux joueurs qui cassaient l’ambiance. Il n’y avait pas de constance. Ces dernières années, les recrues se sont parfaitement intégrées au groupe et ne l’ont pas perturbé.

Cette exigence vous empêche toutefois de tenter un coup. Cela aurait pu être las cas avec Jardel…

On ne veut pas prendre le risque. La mentalit é du joueur n’est pas la priorité, mais cela rentre dans les critères de sélection. De toute façon, ce qui nous intéresse chez un garçon, ce n’est pas son nom, mais ses qualités de footballeur. Ce n’est pas ce qu’il a été, mais ce qu’il est et qu’il sera. C’est bien beau de s’appeler Tartempion et d’avoir joué plein de matchs en ligue de je ne sais pas quoi. Si aujourd’hui, il n’est pas performant et qu’il le sera encore moins demain, cela ne nous intéresse pas.
Comment vivez-vous ce début de saison exceptionnel ?

Je me demande parfois si on ne r êve pas un peu. D’un autre côté, on n’est pas arrivé là du jour au lendemain. On connaît notre groupe et son potentiel. Je ne dis pas non plus que l’on peut terminer dans les trois premiers. Il faut rester prudent, car cela peut aller très vite. C’est toujours très fragile. Le football fonctionne par cycle et nous sommes actuellement dans un bon cycle. Malheureusement, cela veut aussi dire que l’on sera aussi un jour dans la mauvaise pente. Il faut donc profiter des bons moments, car il n’y en a pas tant que cela dans le foot.
Qu’est ce que vous pourriez envier à d’autres équipes ?

Le budget déjà, même si ce n’est pas forcément déterminant. En fait, je ne sais pas. Notre groupe nous satisfaisait. Je ne sais pas comment on pourrait l’améliorer sans déséquilibrer ce que l’on a mis en place au niveau du vestiaire. C’est un équilibre fragile. En amenant plus de talents, on va peut-être s’affaiblir au niveau de l’ambiance. Il faut trouver un bon compromis et ce n’est pas toujours facile.

Il est difficile de trouver un joueur talentueux avec une bonne mentalité ?

Souvent, les joueurs talentueux sont difficiles à gérer ou disons plutôt qu’ils sont capricieux. En France, ils ne sont pas non plus nombreux et je ne pense pas que l’on est les moyens financiers pour les faire venir à Nancy.
Est-ce que progresser est de plus en plus difficile au fur et à mesure que le groupe avance ?

Certainement. Les matchs basculent sur des détails. Pour être dans les cinq premiers, il faut aussi un peu de réussite, même si je n’aime pas trop parler de cela, car ce n’est pas non plus décisif. La saison dernière, on est un peu resté sur notre faim. Je pense que l’on valait mieux que cette treizième place. Disons que sur le long terme, notre objectif doit être de finir dans les dix premiers lors des dix prochaines saisons. Cela serait superbe !
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